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31 août 2011

Dysplasie hanche

Personne(s) ressource(s): Simon Verge, D.M.V.

Chronique Vétérinaire

Par Simon Verge, D.M.V

La dysplasie coxo-fémorale constitue la condition la plus fréquente qui hypothèque malheureusement toujours la vie de plusieurs jeunes bouviers bernois (comme plusieurs autres grandes et moyennes races) et amène souvent leurs propriétaires à recourir à des chirurgies correctives très coûteuses ou malheureusement, à l’euthanasie.

Qu’est ce que la dysplasie de la hanche ?

La dysplasie de la hanche est une maladie qui apparaît graduellement pendant la croissance du chiot. Les chiots éventuellement très dysplasiques ont des hanches radiographiquement normales en bas-âge. L’articulation de la hanche est constituée de chaque côté de l’emboîtement du fémur qui a une tête arrondie et qui vient s’appuyer dans une cavité du bassin appelée acetabulum. Chez un chien normal, cette articulation permet un mouvement de rotation harmonieux et fluide qui permet à l’animal de marcher ou de courir. Chez le chiot qui deviendra éventuellement dysplasique, il y a généralement au départ une laxité plus grande des ligaments et de la capsule qui stabilisent normalement cette articulation. Cette hyperlaxité permet un déboitement partiel de l’articulation appelé subluxation. Au fur et à mesure que la croissance se poursuit, les bords de l’articulation subissent une certaine usure et un remodelage dus au frottement tandis que la tête normalement bien arrondie du fémur s’aplatit en quelque sorte.
L’articulation devient de moins en mois stable et de plus en plus douloureuse. Selon la sévérité de la condition, l’évolution vers la boiterie prend de quelques mois à quelques années à développer. Cette condition est bilatérale dans environ 93% des cas.

Quelles sont les causes de la dysplasie ?

La principale cause de la dysplasie est l’hérédité. Certains facteurs environnementaux, tels l’alimentation et le niveau d’exercice, contribuent cependant à accroître son apparition.

Comment savoir si mon Bouvier Bernois est dysplasique ?

Si les signes de boiterie ne sont pas présents chez un chien adulte, les manipulations de l’articulation permettent parfois au clinicien expérimenté de la suspecter mais jamais de l’exclure totalement. Pour certifier qu’un chien adulte est exempt de dysplasie de la hanche, les radiographies sont incontournables et celles-ci devraient alors toujours être interprétées par un spécialiste en radiologie vétérinaire qui sera consultant en milieu universitaire ou auprès d’organisme officiels tels de l’OFA, l’OVC ou Pennhip.

Comment se font les radiographies de la hanche ?

Ces radiographies devraient, à mon avis, toujours être effectuées sous anesthésie générale, de façon à obtenir plus facilement une position radiographique impeccable, mais primordialement pour mesurer précisément la subluxation présente en excluant tout tonus musculaire inévitablement présent sur un chien en état d’éveil. La radiographie diagnostique est traditionnellement effectuée en projection ventro-dorsale, le chien étant placé bien droit, couché sur le dos et bien étiré en extension complète.

Qu’en est-il du risque de l’anesthésie générale ?

En médecine vétérinaire comme en médecine humaine, toute anesthésie générale comporte évidemment certains risques. Avec les techniques actuelles, ce risque est cependant minime. À mon avis, le risque anesthésique ne justifie jamais la non certification d’un chien reproducteur quels qu’en soient la valeur ou le mérite. À mon avis, le décès rarissime d’un chien soumis à l‘anesthésie vaut mieux que la décision de reproduire un chien possiblement dysplasique qui transmettrait cette caractéristique, ne serait-ce que pour une seule portée.

A quel âge peut-on radiographier un chien ?

Les radiographies pourront être faites dès l’apparition d’une boiterie mais la radiographie de dépistage d’un chien cliniquement sain ne sera pas concluante avant l’âge de 18 mois pour l’OVC ou 2 ans pour l’OFA. A cet âge, on pourra dépister la plupart des chiens qui seront éventuellement dysplasiques.

Qu’est-ce que l’OFA ?

L’OFA (Orthopedic Foundation for Animals) est un organisme sans but lucratif créé en 1966 et basé aux Etats-Unis. Sa vocation est d’agir comme organisme officiel de certification. Chacune des radiographies dûment identifiée (dans l’émulsion du film) qui lui est soumise est examinée par trois radiologistes vétérinaires qui établissent un consensus quant à l’évaluation. Sept classes sont possibles pour les hanches. Les trois grades certifiables comme exempts de dysplasie et pour lesquels un numéro de certification est émis sont EXCELLENT, GOOD et FAIR. Le grade BORDERLINE est attribué aux chiens pour lesquels une incertitude persiste. Suivent les trois niveaux de dysplasie MILD, MODERATE et SEVERE.

Peut-on établir un prognostic avant l’âge d’un an ?

La seule preuve de dépistage qui ait une valeur scientifique et objective avant cet âge est le test PennHip qui peut être effectué dès l’âge de 4 mois mais qui gagne encore un peu de précision si on attend l’âge de 6 mois.

Qu’est-ce que le PennHip ?

Ce test réalisé sous anesthésie générale est disponible seulement auprès de certains établissements vétérinaires accrédités par l’université de Pennsylvanie. Il permet d’établir la laxité passive des hanches dont l’amplitude prédispose plus ou moins un chien de développer la dysplasie. Selon le résultat calculé par ordinateur pour chacune des deux hanches, le chien sera classé en percentile dans l’ensemble des bouviers bernois déjà radiographiés selon cette technique. Le résultat obtenu pour chacune des deux hanches est calculé en Pennsylvanie à partir des trois clichés radiographiques pris localement.

Le premier cliché correspond à la position standard de l’OFA. La deuxième est une radiographie en compression, c’est-à-dire que deux coussins de sable sont placés de chaque côté du chien de façon à resserrer les hanches en position normale pour évaluer la congruence entre la tête du fémur et l’acetabulum. Le troisième cliché est une radiographie en distraction, c’est-à-dire que deux barres parallèles dont l’écart est déterminé selon les dimensions du bassin (mesuré sur les premières radiographies) sont placées entre les deux membres postérieurs alors que les genoux du chien sont ramenés vers l’intérieur de façon à obtenir la luxation maximale permise par les diverses structures articulaires.

Le déplacement obtenu pour chaque articulation est divisé par le rayon de la tête du fémur de façon à obtenir une valeur comparable peu importe les variations de taille d’un chien à l’autre et d’une race à l’autre. Cet indice de distraction obtenu pour chacune des deux hanches est généralement inférieur à un, la valeur la plus basse possible étant la plus désirable. Plus l’indice est élevé, plus la probabilité que le chien soit éventuellement dysplasique est élevée. La valeur cible idéale pour s’assurer qu’un chien ne devienne pas dysplasique se situerait à .30 environ. Cependant la valeur médiane obtenue pour l’ensemble des bouviers bernois est présentement de 0.54.

Y a-t-il un intérêt à faire le PennHip en plus de l’OFA ?

La technique OFA réalisée après l’âge de deux ans vient constater les dommages articulaires possiblement présents. Certains chiens qui possèdent une bonne musculature des membres postérieurs se trouvent parfois protégés de la dysplasie car leur musculature stabilise leur articulation même s’ils ont parfois une laxité passive (indice de distraction) très élevé. Ces chiens certifiables selon la norme OFA sont en quelques sorte des porteurs asymptomatiques de la dysplasie de la hanche puisqu’ils peuvent transmettre la même laxité passive à des chiots qui sont parfois moins musclés et qui développent alors cette dysplasie. L’indice de distraction permet non seulement d’effectuer un pronostic s’il est réalisé en bas âge mais constitue de plus un outil de sélection supplémentaire qui permettra à l’éleveur d’améliorer plus rapidement la qualité génétique de ses reproducteurs.

Si l’OFA a des grades certifiables alors que d’autres ne le sont pas, la recommandation de PennHip pour optimiser le progrès génétique est de n’utiliser pour la reproduction que les chiens qui sont classés dans les 50 percentiles supérieurs de la race. Pour optimiser la précision de ces percentiles, les cliniques vétérinaires accréditées par Penn-Hip ont l’obligation de faire directement parvenir à PennHip toutes les radiographies prises selon cette technique, peu importe les résultats anticipés. Les frais de la certification sont donc toujours inclus dans le prix demandé pour réaliser un examen de type PennHip.

Il est certain qu’il restera probablement un certain biais statistique entre les chiffres publiés et la valeur d’un échantillonnage pris au hasard car cette technique plus nouvelle est généralement demandée par des éleveurs qui utilisent la certification OFA et effectuent une sélection de haut niveau depuis quelques générations et qui veulent optimiser la vitesse de leur progrès génétique. A cet égard, certaines études tendent à démontrer que l’héritabilité de l’indice de distraction serait plus élevée que celle de l’évaluation OFA, optimisant ainsi le programme génétique.

Y a-t-il d’autres causes à la dysplasie de la hanche ?

Certains facteurs environnementaux contribuent à augmenter les risques de manifestation clinique de la dysplasie de la hanche. Le niveau d’exercice peut avoir une certaine influence s’il est excessif. L’alimentation en bas âge (principalement entre 2 et 6 mois) est également un facteur déterminant. Il faut alors limiter la consommation de nourriture pour prévenir l’obésité et s’assurer que la ration contienne un niveau conservateur de matières grasses et que le niveau de calcium ne soit pas trop élevé. A cette fin, plusieurs compagnies disposent maintenant de nourritures pour chiots destinées spécialement aux grandes races de chiens. Leur teneur en matière grasse et en calcium est plus réduite que dans les formules régulières pour chiots. Ce type de diète permettra d’obtenir une croissance moins rapide mais néanmoins moins à risque.

Les opinions exprimées ici sont celles du docteur Simon Verge, m.v.

Tous droits réservés. Aucune reproduction en tout ou en partie de cette chronique n ’est permise sans le consentement écrit de l’auteur.


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